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mérite que du moins quelqu'un d'eux l'ait prévu ; |
que ne l'a-t-il donc dit ? mais nul d'eux ne l'a su. |
l'immense éloignement, le point, et sa vitesse, |
celle aussi de nos passions, |
permettent-ils à leur faiblesse |
de suivre pas à pas toutes nos actions ? |
notre sort en dépend : sa course entre-suivie , |
ne va, non plus que nous, jamais d'un même pas ; |
et ces gens veulent au compas, |
tracer le cours de notre vie ! |
il ne se faut point arrêter |
aux deux faits ambigus que je viens de conter. |
ce fils par trop chéri ni le bonhomme eschyle, |
n'y font rien. tout aveugle et menteur qu'est cet art, |
il peut frapper au but une fois entre mille ; |
ce sont des effets du hasard. |
<|sep|> |
<|titre|>un animal dans la lune<|titre|> |
pendant qu'un philosophe assure, |
que toujours par leurs sens les hommes sont dupés, |
un autre philosophe jure, |
qu'ils ne nous ont jamais trompés. |
tous les deux ont raison ; et la philosophie |
dit vrai, quand elle dit que les sens tromperont |
tant que sur leur rapport les hommes jugeront ; |
mais aussi si l'on rectifie |
l'image de l'objet sur son éloignement, |
sur le milieu qui l'environne, |
sur l'organe, et sur l'instrument, |
les sens ne tromperont personne. |
la nature ordonna ces choses sagement : |
j'en dirai quelque jour les raisons amplement. |
j'aperçois le soleil ; quelle en est la figure ? |
ici-bas ce grand corps n'a que trois pieds de tour : |
mais si je le voyais là-haut dans son séjour, |
que serait-ce à mes yeux que l'oeil de la nature ? |
sa distance me fait juger de sa grandeur ; |
sur l'angle et les côtés ma main la détermine ; |
l'ignorant le croit plat, j'épaissis sa rondeur ; |
je le rends immobile, et la terre chemine. |
bref je démens mes yeux en toute sa machine. |
ce sens ne me nuit point par son illusion. |
mon âme en toute occasion |
développe le vrai caché sous l'apparence. |
je ne suis point d'intelligence |
avecque mes regards peut-être un peu trop prompts, |
ni mon oreille lente à m'apporter les sons. |
quand l'eau courbe un bâton, ma raison le redresse, |
la raison décide en maîtresse. |
mes yeux, moyennant ce secours, |
ne me trompent jamais, en me mentant toujours. |
si je crois leur rapport, erreur assez commune, |
une tête de femme est au corps de la lune. |
y peut-elle être ? non. d'où vient donc cet objet ? |
quelques lieux inégaux font de loin cet effet. |
la lune nulle part n'a sa surface unie : |
montueuse en des lieux, en d'autres aplanie, |
l'ombre avec la lumière y peut tracer souvent, |
un homme, un boeuf, un éléphant. |
naguère l'angleterre y vit chose pareille, |
la lunette placée, un animal nouveau |
parut dans cet astre si beau ; |
et chacun de crier merveille. |
il était arrivé là-haut un changement |
qui présageait sans doute un grand événement. |
savait-on si la guerre entre tant de puissances |
n'en était point l'effet ? le monarque accourut : |
il favorise en roi ces hautes connaissances. |
le monstre dans la lune à son tour lui parut. |
c'était une souris cachée entre les verres : |
dans la lunette était la source de ces guerres. |
on en rit. peuple heureux, quand pourront les françois |
se donner comme vous entiers à ces emplois ? |
mars nous fait recueillir d'amples moissons de gloire : |
c'est à nos ennemis de craindre les combats, |
a nous de les chercher, certains que la victoire, |
amante de louis, suivra partout ses pas. |
ses lauriers nous rendront célèbres dans l'histoire. |
même les filles de mémoire |
ne nous ont point quittés : nous goûtons des plaisirs : |
la paix fait nos souhaits, et non point nos soupirs. |
charles en sait jouir. il saurait dans la guerre |
signaler sa valeur, et mener l'angleterre |
a ces jeux qu'en repos elle voit aujourd'hui. |
cependant, s'il pouvait apaiser la querelle, |
que d'encens ! est-il rien de plus digne de lui ? |
la carrière d'auguste a-t-elle été moins belle |
que les fameux exploits du premier des césars ? |
o peuple trop heureux, quand la paix viendra-t-elle |
nous rendre comme vous tout entiers aux beaux arts |
<|sep|> |
<|titre|>l’écrevisse et sa fille<|titre|> |
les sages quelquefois, ainsi que l'écrevisse, |
marchent à reculons, tournent le dos au port. |
c'est l'art des matelots. c'est aussi l'artifice |
de ceux qui, pour couvrir quelque puissant effort, |
envisagent un point directement contraire, |
et font vers ce lieu-là courir leur adversaire. |
mon sujet est petit, cet accessoire est grand. |
je pourrais l'appliquer à certain conquérant |
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