Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Madame la préfète, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Monsieur le président du conseil départemental, Madame la maire, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le délégué général pour l’armement, Monsieur le secrétaire général pour l'investissement, Madame l'administratrice générale du CEA, Monsieur le directeur général du CNRS, Mesdames et Messieurs les chercheurs, les industriels, Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités, Merci de votre présence. Je suis très heureux avec le Premier ministre et plusieurs ministres, d'être parmi vous aujourd'hui, ici, au Très Grand Centre de Calcul du CEA à Bruyères-le-Châtel. Ce lieu s'inscrit dans cette vallée du savoir qui rassemble les meilleures universités, grandes écoles, organismes de recherche, entreprises de pointe. C'est une grande fierté française, une force française, c'est important de nous retrouver là sur la question des technologies de calcul, du quantique, des semi-conducteurs. Ici, se concentrent des décennies de recherches, d'ingénieries, d'innovations industrielles, de visions stratégiques, au cœur d'ailleurs d'une vision française, duale, ce site du CEA et la présence de la DAM ici le montrent ô combien, de la capacité aussi à œuvrer entre la recherche fondamentale, la recherche appliquée et le monde industriel, entre le civil et le militaire. Ici se croisent le calcul classique avec l'ordinateur Joliot-Curie, le quantique avec Lucy, que nous venons de voir, l'IA bientôt avec le data center Mistral d'Eclairion à quelques centaines de mètres, et demain, l'Exascale Alice Recoque, mais aussi les semi-conducteurs, essentiels à tout cela. Le civil, le militaire, le public, le privé, une grande tradition de recherche française, et notre avenir qui se joue ici également. Nous devons relever ce défi tous ensemble, au fond, le fil directeur, à la fois de ce que vous faites au quotidien, mais de l'approche sur laquelle je veux ici insister, c'est l'importance de continuer à avoir cet écosystème profondément intriqué. Chercheurs, enseignants, ingénieurs, doctorants, techniciens, entrepreneurs, industriels, investisseurs, équipes des universités, du CEA, du CNRS, de l'INRIA, et évidemment aussi de la DGA et des industriels militaires. Je veux remercier toutes celles et ceux qui, non simplement, prennent part, mais font vivre ces grands projets, nous les ont présentés, c'était au cœur de vos tables rondes ce matin avec les ministres et de ce qui vient de nous être ici montré. Ce lieu n'est pas anodin, il dit en effet l'importance de ces grands projets pour le pays, du lien entre notre dissuasion nucléaire, les simulations, l'importance du calcul et ensuite cette capacité à irriguer la recherche. Désormais, nous pouvons continuer de compter évidemment sur le CEA avec les autres organismes de recherche mentionnés, pour investir dans le quantique et les semi-conducteurs. Ce dont nous parlons aujourd'hui, c'est au fond du défi de notre indépendance, de notre souveraineté sur ces grandes capacités de l'électronique, du calcul, et aussi de l'IA pour les années, les décennies à venir. La révolution du calcul est un tournant technologique et les années qui s'ouvrent seront celles de la convergence entre trois grandes révolutions : le calcul haute performance, l'intelligence artificielle et le quantique. Je le disais déjà, en 2021, lors du lancement du premier Plan quantique en France, j'étais aux côtés de beaucoup d'entre vous, c'est une révolution scientifique et économique. C’est exactement ce que nous avons vécu ces dernières années. D'un côté, le quantique remet en cause les architectures cryptographiques qui sécurisent nos communications, nos systèmes bancaires, certains de nos systèmes de défense, pour rester pudiques. De l'autre, il est une source inestimable d'innovation pour les télécommunications, la santé, la chimie, l'énergie, la défense, une fois encore ; je pense à la recherche, aux investissements, au premier déploiement d'une offre quantique, par exemple par Orange, pour ses réseaux sécurisés, au développement de Thales, qui nous ont été montrés dans la sécurité post-quantique de nos dispositifs de défense, comme de nos cartes SIM. De même, sur les semi-conducteurs, infrastructures clés pour tout calcul numérique, des voitures aux ordinateurs les plus puissants, leur maîtrise, on le sait bien, est fondamentale. Comme souvent dans le numérique, cette course fait que le premier qui atteint l'usage emportera toute la mise. C’est aussi pour ça que nous sommes là avec le Premier ministre et les ministres à vos côtés. Nous sommes conscients de tout ce qui a été fait, je vais y revenir rapidement, sur ces dernières années, avec le Plan quantique, avec aussi ce qui a été fait sur les semi-conducteurs et l’IA. Nous sommes convaincus que nous sommes dans une phase de très forte accélération où beaucoup de choses se jouent. Les 18-24 mois à venir sont absolument décisifs pour la recherche comme pour nos industriels. On sait que ceux qui réussiront, en particulier dans le quantique, à prendre les options technologiques les plus radicales, ceux qui réussiront cette phase, seront ceux qui bâtiront les standards, prendront les parts de marché. Les 18-24 mois à venir sont clés pour réussir dans la construction de cette chaîne de valeur souveraine européenne. On sait où est le défi. Le défi, c'est d'avoir des semi-conducteurs, infrastructures, capacités de calcul, cloud, IA et usage applicatif, les plus souverains possibles. Nous connaissons nos vulnérabilités. La France avait plaidé pour avoir un cloud souverain européen, les autres ne nous ont pas suivis. J'espère qu'on pourra reconquérir cette part. On a aujourd'hui, en particulier sur le quantique, sur le semi-conducteur, sur tous ces sujets, une bataille de la souveraineté qui est en train d'être conduite et qu'on doit absolument réussir, au fond, une géopolitique du calcul, où les dépendances technologiques deviendront de plus en plus des dépendances économiques, industrielles, stratégiques, sans doute même démocratiques. L’horizon stratégique est clair, c'est celui-ci, à Paris comme à Bruxelles, nous devons accélérer. Nous devons accélérer parce qu'on a beaucoup de force, je vais y revenir, mais nous sommes à un moment où il y a une accélération et les chiffres doivent nous rendre lucides sur nos dépendances. Depuis l'été dernier, les sociétés américaines du quantique accélèrent avec des levées de fonds et des valorisations record, appuyées par les GAFAM. En un an, le rapport de valorisation entre nos champions européens et leurs concurrents américains est passé d'un rapport d’un à trois à un rapport d’un à sept. Sur les semi-conducteurs, je constate encore que plus de 90 % des capacités avancées de production demeurent à Taïwan, l'objectif que l’on s'était fixé en Européens de 20 % de production mondiale d'ici 2030, c'était le premier Chips Act européen, ne sera pas atteint. Nous sommes encore en retard sur ce Plan de début de reconquête de souveraineté. On voit bien que le moment est critique, c'est cette phase d'accélération, nous devons réussir ce virage. Tout ça se fait dans un contexte où la même lucidité doit nous conduire à dire que nous sommes dans la bataille quand on parle de quantique, et nous avons des forces, notre écosystème a des forces, vous, quand on parle de quantique et d'électronique. L’Europe compte les cinq prix Nobel mondiaux des technologies quantiques attribués depuis 2021, tous issus de nos laboratoires publics, la plupart ayant travaillé sur le plateau de Saclay. Je salue la présence de Michel Devoret à nos côtés aujourd'hui. Elle dispose du deuxième vivier mondial de chercheurs et de start-up. Nous sommes crédibles en termes de formation, en termes d'organismes de recherche, en termes d'écosystèmes de start-ups. Tout ça, c'est la base de l'école française, des grands paris qui ont été faits, des grands programmes, et qui vient de loin, avec aussi cette approche duale, le CEA y est pour beaucoup, le CNRS et l'INRIA à ses côtés. Nous avons fait ces dernières années aussi des choix forts pour bâtir notre souveraineté numérique, la consolider à travers des infrastructures critiques, pour relancer aussi avec le premier plan en Europe d'intelligence artificielle, que l’on a su ensuite monter à l'échelle, puis avec la volonté, justement, de bâtir ce Plan quantique il y a maintenant cinq ans et avoir une stratégie semi-conducteurs française et européenne. D'ailleurs, quantique et semi-conducteurs sont deux piliers structurants de France 2030, lancé à la même période. Sur le quantique, le Plan lancé en 2021 a permis de consolider nos résultats et de les accélérer. En matière de recherche, plus de 600 publications, 48 brevets, des laboratoires communs avec l'industrie, comme Pasqal, Institut d'Optique, Quandela, C2N. Nous avons aussi consolidé, vivifié cette recherche. La formation, même chose. Plus 40 % sur les masters, plus 25 % sur les doctorants. Ces talents, évidemment, alimentent nos laboratoires, ils alimentent les start-ups. Le but, c'est qu'ils puissent aussi continuer d'alimenter les grands groupes qui ont besoin de se nourrir, de consolider leur expertise, leur connaissance en la matière. Nous avons, en parallèle, renforcé notre autonomie sur plusieurs composants critiques : cryogénie, laser, interconnexion. En termes de calcul, nous déployons, ici, à Bruyères, le premier exascale public au monde. Pour accélérer le développement des acteurs privés, nous avons mis en place un programme d'achat public souverain, le programme dit « PROQCIMA », lancé en 2024, qui a déjà engagé 500 millions d'euros pour porter cinq entreprises françaises. Grâce à cela, la France compte cinq champions de l'ordinateur quantique